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GRENOBLE, VILLE PIONNIÈRE #1: LE PREMIER MUSÉE D’ART MODERNE DE FRANCE

By 27 janvier 2021No Comments

Grenoble rime avec innovation depuis toujours. Ville pionnière, elle est à l’origine de nombreuses premières fois que nous vous proposons de découvrir dans une série bi-mensuelle.

Grenoble Ville pionnière #1

Pour ce premier article de notre série “Grenoble Ville Pionnière”, nous vous emmenons en 1919. Alors que le pays se relève de la guerre, les Années Folles pointent leur nez et à Grenoble une révolution artistique se prépare…

Grenoble ville pionnièreIl est là, imposant ! Vous pensez peut-être le connaitre par cœur ? Pourtant il recèle encore bien des secrets. Je veux parler du musée de Grenoble !

Matisse, Picasso, Vlaminck, Zadkine… aujourd’hui difficile pour un musée d’acquérir une œuvre d’un tel artiste. Pourtant le musée de Grenoble en possède une belle panoplie…

Et si on vous racontait pourquoi notre cher musée a une collection aussi impressionnante ? L’occasion de vous conter l’épopée d’un homme qui a fait du musée de Grenoble le premier musée d’art moderne de France (et un des premiers en Europe !)

Andry-Farcy, un directeur de musée pas si conservateur

Cet homme, c’est Andry-Farcy. Ce nom vous dit peut-être quelque chose, c’est le nom de l’esplanade de la Belle Électrique !

Mais c’est avant tout un directeur de musée pas si conservateur. Il arrive à la tête du musée de Grenoble en 1919 avec un credo : « Mes projets sont simples: continuer en faisant le contraire de ce qu’ont fait mes prédécesseurs. »

Exit les œuvres rétrogrades, académiques so XIXe et place à la nouveauté, à la folie, à l’avant-garde !

Alors qu’à Paris, il faudra attendre la fin des années 30 pour voir la naissance des actuels Palais de Tokyo et Musée d’art moderne, Grenoble, au cœur de son pas si « sage » musée place de Verdun, est déjà à la pointe de l’art ! Un séisme dans la capitale des Alpes…carte postale histoire musée de Grenoble

J’ouvre la porte aux jeunes

Dans les années 20, ces jeunes s’appellent Henri Matisse (ok, il n’est plus si jeune, mais il fait encore partie de la nouvelle génération), Pablo Picasso, Paul Gauguin, Kees Van Dongen… Ils marquent une rupture avec l’art et recherchent la reconnaissance.  Andry-Farcy se passionne pour leurs travaux sur la couleur, la touche libre, le trait fou.

J’ouvre la porte aux jeunes, à ceux qui apportent une forme neuve dans une écriture que je n’ai jamais encore vue ! Voilà la règle… qui permettra de réaliser le seul musée moderne qui soit en France.

Trois ans après son arrivée à la tête du musée, il réalise un coup de maître en recevant le legs Agutte-Sembat (si ce nom vous dit quelque chose, c’est peut-être grâce au boulevard !).

Ce couple parisien, amateur et collectionneur d’art moderne (Georgette Agutte est aussi peintre – une salle lui est d’ailleurs consacrée au musée), décède tragiquement à Chamonix.

Leur testament stipule que leur collection devra revenir dans son intégralité à un “musée de province”. Et en 1922 le musée de Grenoble est le seul musée en France à pouvoir accueillir une collection d’artistes vivants. De nouvelles œuvres de Matisse, Marquet, Derain, Vlaminck, ou Van Dongen font leur apparition sur les murs du musée.musée de Grenoble Histoire

Andry accueillera aussi un temps lors de la Seconde Guerre mondiale la libre et avant-gardiste Peggy Guggenheim, sauvant ainsi sa collection personnelle d’art moderne (aujourd’hui exposée à Venise). De son séjour à Grenoble, Peggy offrira un des tableaux de sa collection aujourd’hui visible au musée.

Et que dire des célèbres aubergines ! Actuellement présenté comme le chef d’œuvre de l’exposition Matisse au Centre Pompidou, l’Intérieur aux aubergines est donné par la famille de l’artiste en 1921. Il s’agit tout de même de l’œuvre la plus importante de Matisse conservée en France!  Il a peint 3 autres Intérieurs dit symphoniques, dont 2 exposés en Russie et le dernier au MoMA à New-York.

Rendez-vous au rigolarium

Mais ce parti pris n’est pas du goût de tous les grenoblois de l’époque… La presse est acerbe, les amateurs d’art méprisants. L’art moderne,  « éructations de cerveaux maladifs »,  est encore incompris. Les visiteurs se pressent tout de même dans les salles du musée, appelées désormais “rigolarium” tellement on rit devant ces œuvres.

Mais Andry-Farcy est un personnage atypique, au caractère bien trempé… Il veut faire du musée de Grenoble un haut lieu de l’art moderne, un place to be ! Il en est convaincu, tous ces artistes sont l’avenir.

Stay in Grenoble and visit the musée !

musée de Grenoble Ville pionnièreBrillant publicitaire, il fait installer un panneau en gare de Grenoble…  en anglais et en français ! Pas de doute, Andry avait le sens de la com’ (il était aussi publicitaire, c’est d’ailleurs le papa du Per’Lustucru).

Pour donner au musée un rayonnement international, il multiplie les partenariats, fait voyager les collections grenobloises à Paris, Zurich, Amsterdam et même New-York où il coproduit une exposition avec le MoMa, rien que ça !

Et ça fonctionne ! Face à l’arrivée de nombreux touristes internationaux venus découvrir le musée, les critiques envers notre conservateur préféré cessent : “Ils ne rient plus en visitant le musée. C’est déjà un résultat”.

Pourtant, en 1943 il est arrêté par la Gestapo. Motif : « Exposition au musée d’œuvres d’art dégénéré et déchu, en opposition avec la culture artistique du IIIe Reich ». Andry-Farcy répondra « il n’y avait rien à me faire avouer puisque mon crime s’étalait sur les murs du musée ».

Incarcéré 25 jours à Grenoble, il est ensuite interné à Compiègne jusqu’à la fin de la guerre. De retour dans les Alpes après la guerre, il est maintenu dans ses fonctions jusqu’en 1949. Cette année, juste avant de quitter “son” musée, il fait entrer l’œuvre d’un jeune artiste encore absent des collections publiques françaises, un certain Pierre Soulages, alors âgé de 30 ans. A coup sûr, Andry avait du flair !

Et aujourd’hui ?

Ses successeurs jusqu’à aujourd’hui ont maintenu le cap. Ils ont chacun à leur tour ouvert la voie à des artistes contemporains. Depuis, Warhol, Miro, de Staël, Chagall, Boltansky, LeWitt… et tant d’autres ont rejoint les collections de Grenoble. Le musée poursuit ainsi sa politique d’acquisition avec des œuvres d’aujourd’hui qui nous bousculent et nous questionnent toujours autant.

 

Musée de Grenoble
5 place Lavalette – 38000 Grenoble
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h30 // Attention, en raison de la situation sanitaire, le musée est actuellement fermé, et ce, jusqu’à nouvel ordre 🙁 Des visites dans le parc seront proposées pendant les vacances de février. Plus d’info sur le site du musée.
Plein tarif : 8€ / tarif réduit : 5€ / Gratuit pour les moins de 26 ans / Gratuit pour tous le premier dimanche du mois !
04 76 63 44 44
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