Il est de ces plats qui font l’unanimité sans faire de bruit. Pas de chichi, pas de décorum — juste un bol, des vermicelles, du bœuf sauté, des herbes fraîches et cette sauce nuoc-mâm pour lier le tout. Le bò bún vient du sud du Vietnam, où il porte son vrai nom : Bún Bò Nam Bộ. Les nems croustillants par-dessus ? Une invention bien française, adoptée tout naturellement.
La Rivière des Parfums de My Huong Tranthi Parmentier
Il y a des endroits qui vous happent avant même que vous ayez eu le temps de poser votre veste. La Rivière des Parfums est de ceux-là. Dans ses quatre mètres carrés de cuisine, My Huong danse. La musique est à fond, elle fait un live TikTok, les hanches bougent, et entre deux pas chaloupés elle roule, coupe, assemble — avec la précision tranquille de celle qui fait ça depuis toujours.
Depuis toujours, c’est presque littéral. Aînée d’une fratrie de neuf enfants au Vietnam, elle a appris à nourrir les autres avant même d’avoir un mot pour le dire. Elle arrive en France en 2009, reprend La Rivière des Parfums en 2013, et depuis, le quartier a pris l’habitude. Deux fois par semaine, trois fois pour certains. »Le bò bún est bon, frais, généreux — et c’est toujours le même. » Ce sont les clients qui le disent, elle éclate de rire. Les nems croustillent sous le coup de ciseaux — ce petit geste chirurgical qui signe les maisons sérieuses.
Il est 14h. Le service continue. L’affluence est au beau fixe. La Rivière des Parfums est devenue une institution, et My Huong, elle, danse encore.
La Rivière des Parfums
8 Bd Gambetta, Grenoble
04 76 17 03 94
ÔBoBun de Viet-Phong Phan, alias Tony
Le parcours de Viet-Phong Phan — Tony pour tout le monde — n’était pas tracé pour finir derrière un wok. Docteur en chimie, ancien ingénieur chez Renault sur les batteries de la première Zoé, il a tout quitté pour reprendre en 2015 un petit traiteur vietnamien grenoblois. Les recettes, il les apprend de la propriétaire qui part à la retraite. Les techniques de couteau, sur YouTube. En 2017, il rachète ÔBòbún. Aujourd’hui, il a trois adresses dans Grenoble.
Ce qui ne change pas, d’un bol à l’autre, d’une adresse à l’autre, c’est la recette de Madame Le Van, la maman du fondateur, jalousement gardée, et rigoureusement transmise, geste par geste, à chaque équipe. « Il faut bien doser, bien maîtriser. Ça part de la même base, mais dès qu’on relâche la formation, ça dérive.« Lui n’a rien changé. Ce qu’il a construit, c’est l’exigence autour.
La qualité, ici, commence par les ingrédients : fraîcheur, matières premières sans compromis, herbes fraîches, fournisseurs rappelés à l’ordre quand ils flanchent. Et ça se joue dans le geste : « On doit sauter les crevettes, sauter le bœuf. C’est pas juste un assemblage d’ingrédients, ça demande du temps. »
Notre préféré ? Le bò bún crevettes et nems. Les crevettes sautées à l’ail rôti, aux cinq épices et à la sauce poisson ont un goût très particulier, une profondeur parfumée qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les nems arrivent frais et croustillants, comme sortis de la friture à l’instant.
Derrière tout ça, une philosophie en six mots : nourrir le corps et nourrir l’âme. Et cette conviction, répétée comme un mantra : l’exigence fait grandir les gens.
ÔBòbún
17 rue Saint Jacques, Grenoble
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By Bò Bún, de Abdelkader Besseghier et Tuan Le Van
Abdelkader Besseghier ne vient pas de la restauration. Il vient du bâtiment. En 2019, avec son beau-frère Tuan Le Van, sans fonds personnels et sans filet, il ouvre By Bò Bún. Succès immédiat.
La recette vient de la maman de Tuan, Madame Le Van — la même qui est à l’origine de la recette de ÔBòbún. Tous en conviennent : les deux ont bien divergé au fil du temps. Celle de By Bò Bún a évolué, s’est affinée, et a donné naissance à ses propres déclinaisons — dont une sauce bo bun vegan créée à part entière. Madame Le Van veille encore sur la qualité avec une exigence sans faille. Et roule les nems à une vitesse qui laisse sans voix.
Depuis quelques mois, l’adresse historique a laissé place à un nouveau local, plus grand, rue Doudart de Lagrée. By Bò Bún c’est aussi une adresse à Échirolles. Et bientôt, dans l’ancien local, une nouvelle enseigne signée par la même famille : Time to Wok, autour d’une recette de pad thaï.
By Bò Bún
2 Rue Doudart de Lagree, Grenoble
Instagram
O Pot O Pho de Montri & Jacy Vannaxay
Montri, aux origines vietnamiennes, a passé quinze ans en Thaïlande. Jacy, birmane, s’y est formée à la cuisine. C’est là-bas qu’ils se sont trouvés, et c’est cette rencontre des cultures qu’on retrouve dans l’assiette. Depuis 2022, Ô Pot O Pho est une affaire de famille : Montri en salle, Jacy aux fourneaux, et James, leur fils, qui commence à trouver sa place dans l’aventure. Tout est fait frais chaque jour, rien n’est stocké.
Le bò bún porte la main de Jacy : généreux en légumes, chou, concombre, carottes, le tout mariné dans sa sauce curry maison — une création à elle, aux consonances thaïes et indiennes à la fois, avec de la citronnelle et des oignons longuement fondus. Pour les végétariens, un tofu aux épices et à l’anis qui fond en bouche comme du bœuf, et du taro croustillant.
La rareté de la carte, c’est la Shan Khaw Swé : une soupe de Birmanie que Jacy est la seule à proposer dans Grenoble, avec du curry, du paprika, du sésame torréfié, des cacahuètes, et des tomates. Parfumée, enveloppante, pas pimentée.
Et pour la suite ? James entre dans la danse avec une idée qu’on a hâte de tester : du snacking sur place ou à emporter. Banh-mi, le sandwich vietnamien croustillant, et des bao déclinés en salé comme en sucré. La bonne idée de la saison.
Et pour accompagner le tout, un thé glacé l’été, un thé chaud l’hiver — offerts et en libre service. Parce que c’est comme ça, ici.
Ô Pot O Pho
5 rue Thiers, Grenoble
09 54 01 06 85 | Site Internet
Les Pieds dans le Plat de Célia & Alexandra Bonnaire
Vous vous souvenez ? On vous parlait déjà de ce food-truck délicieux juste ici, orchestré par Célia et Alexandra, deux sœurs.
Célia Bonnaire a longtemps cheminé entre les chiffres et les fournisseurs, parcourant l’Europe en quête d’efficacité. C’est en renouant avec ses racines — bercée depuis petite par le parfum des épices et la légèreté des herbes fraîches — qu’elle a trouvé son véritable horizon. En juin 2022, avec Étienne, le food truck prend la route. En avril 2024, la cuisine bascule vers le franco-vietnamien, comme une évidence. Depuis peu, Alexandra, la sœur de Célia, a rejoint l’aventure. L’histoire est devenue encore plus familiale.
Ce qui distingue leur Bò Bún ? Une obsession des provenances — pas seulement des recettes, mais des ingrédients. Le tofu est isérois, issu du soja bio de La Murette et transformé à Grenoble par Tofu des Alpes. Les champignons poussent à Eybens et Saint-Martin-d’Hères. Le poulet fermier vient de la Drôme. La viande, la farine, les œufs et l’huile d’olive bio passent par le Box Fermier, circuit court grenoblois. Chaque bouchée a une adresse.
Le bò bún — au bœuf, au poulet ou au tofu — arrive avec ses légumes croquants, ses herbes fraîches et ses vermicelles fondants. Et pour finir, des cookies chocolat-cacahuètes aux inspirations vietnamiennes, croustillants dehors, tendres à cœur.
Vous les trouverez les mardis et jeudis côté Presqu’île, les mercredis et vendredis à Meylan Inovallée. Et l’été, on les croise au Cabaret Frappé, aux Rencontres Ciné Montagne, à la Fête des Tuiles.
Les Pieds dans le Plat
Food truck itinérant
Instagram
Les votes étaient serrés. Cinq adresses, et autant d’univers. Notre communauté nous a aussi beaucoup cité Gourmet Viet, Le Pho 38, et Ici Grenoble — revenu si souvent dans vos commentaires qu’on ne pouvait pas ne pas le mentionner. Et puis nos coups de cœur personnels : Le Phuket, une institution grenobloise — longtemps place Saint-Bruno, désormais installé cours Alsace-Lorraine — et Le Mei Shan pour leur accueil et leur constance. Quant au meilleur rapport qualité-prix de Grenoble ? Sans hésiter : La Rivière des Parfums. My Huong, on revient !