Dans cette exposition en deux volets, les tableaux de Guillaume Bresson sans titres, réalistes et déroutants, se glissent entre les maîtres anciens. Et bousculent l’ordre établi avec douceur et gravité.
Du tag à l’huile, un peintre à contre-courant
Guillaume Bresson n’est pas un peintre comme les autres. Il a grandi dans une banlieue toulousaine, a découvert les musées sur le tard, et revendique une approche libre de l’art. Diplômé des Beaux-Arts de Paris, il a pourtant dû défendre seul sa pratique de la peinture à l’huile, alors jugée désuète par ses professeurs.
Son sujet, c’est le réel. Ses proches, ses amis, et surtout son père, dont le visage revient souvent, composent une galerie humaine forte et familière. « Il a commencé dans les années 2000, à un moment où la peinture figurative était peu valorisée. Aujourd’hui, il a 25 ans de métier, une vraie maîtrise », confie Sébastien Gökalp, directeur du musée.
Une méthode lente et incarnée
Tout commence par la photo. Il met en scène ses modèles dans des postures parfois ambigües (dispute, jeu, chute ?) qu’il photographie, découpe, assemble. Puis vient la peinture, précise, exigeante, où il recompose des décors urbains à partir de fragments photographiques, de souvenirs, d’impressions. Tout semble réel, mais tout est réinventé. Chaque toile demande entre trois et six mois de travail, tant le niveau de détail est minutieux.
note Sébastien Gökalp, directeur du musée.
Pas de cadre, pas de titre, les cartels sont déportés : « Il veut que chacun regarde sans influence. » Dans ses scènes, une tension douce — et une proximité rare.
Sébastien Gökalp, lors de la visite guidée, découvre un nouveau détail sur cette oeuvre monumentale de Guillaume Bresson
Une expo qui résonne
En regard se visite en deux temps. D’abord, un accrochage dans les collections classiques du musée, où les tableaux de Bresson dialoguent avec ceux du Pérugin ou de Ribera. Même lumière, même intensité — mais les personnages portent des hoodies ou des survêts.
Puis vient une allée dédiée jusqu’ici inexplorée, où s’enchaînent scènes de rue, moments suspendus, visages flous, torses tendus, chutes et gestes retenus.
Un monde contemporain dans un écrin ancien. Une expo qui questionne sans bruit, et donne à voir autrement.
Exposition « Guillaume Bresson. En regard »
Du 14 juin au 28 septembre 2025
Musée de Grenoble — 5, place de Lavalette, 38000 Grenoble
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h30
Entrée gratuite pour l’exposition et les collections permanentes