Nous nous sommes déjà fait l’écho ici de l’exposition photographique dédiée aux travaux méconnus de la designeuse et architecte Charlotte Perriand visible au musée de Grenoble. Lequel a souhaité prolonger l’expérience (toujours gratuitement) en sollicitant les partenaires extérieurs, parmi lesquels la Plateforme et l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble (ENSAG). Aussi peut-on observer à la Plateforme, dans l’Ancien musée de Peinture, les différents travaux produits par les étudiants de l’ENSAG, qui suivent le fil libre et visionnaire de la pensée de Charlotte Perriand. Lorsqu’on contemple les maquettes et autres installations des étudiant·e·s de l’ENSAG, on sent un dialogue d’esprit se nouer à travers le temps, d’autant plus évident si l’on opte pour la visite guidée conduite par les étudiant·e·s (un samedi sur deux à 14h30, jusqu’au 18 juillet).
Une source d’inspiration pour les jeunes architectes et designers
Si vous êtes allés voir les photographies de Charlotte Perriand au musée de Grenoble, vous avez perçu ce double mouvement dans le rapport de l’architecte à sa chère montagne. Il y a les clichés sur lesquels elle apparaît, où l’on sent son corps exulter face à cette beauté. Et il y a ceux dont elle est l’autrice. On y devine sa fascination pour ces paysages minéraux, pour le graphisme des crevasses, pour les contrastes entre une arrête et un ciel, un glacier et un flanc de montagne accidenté. Nul doute que la designeuse enregistrait toutes ces formes brutes quand l’architecte dessinait intérieurement ses futurs refuges.
C’est justement à partir des projets de « refuge idéal » de Charlotte Perriand que les étudiant·e·s de l’ENSAG ont construit leurs propres réflexions, en intégrant bien sûr les enjeux environnementaux de notre époque.
Un refuge idéal ?
« On est parti de la même commande que celle reçue par Charlotte Perriand », commencent les deux étudiantes en Master Montagnes, Architecture, Paysage à l’ENSAG. À savoir, concevoir un « refuge facilement transportable, léger, décarboné, réemployant la matière, frugal, autonome et robuste. Et pouvant accueillir un minimum de 8 personnes. » Les maquettes sont sous nos yeux dans leur immaculée blancheur. Elles présentent une diversité formelle qui offre un intérêt en soi sans même parler de l’émouvante filiation avec Charlotte Perriand. De fait, on s’imagine les futur·e·s architectes plancher sur le sujet en épluchant des projets d’il y a presque un siècle et qui, déjà, cherchaient à se fondre dans le paysage en limitant leur impact. Le refuge bivouac, le Victorine et ses petits triangles modulables ou encore le refuge à dos (entièrement transportable à dos d’homme) nous rassurent sur la capacité de ces futurs professionnels à pratiquer une architecture consciente de son impact sur l’environnement.
Après l’or blanc, l’or bleu
La seconde partie de l’exposition visible à la Plateforme est signée par les étudiant·e·s en Master Design, Résilience, Habiter. Charlotte Perriand questionnait déjà beaucoup l’impact de l’architecture sur le territoire. Ici, les étudiant·e·s ont laissé l’or blanc (la neige) pour l’or bleu (l’eau de l’Isère), dont le lit se voit modifié par la fonte des neiges notamment. Charlotte Perriand étant également très mobilisée sur les questions sociales et sur la protection des ressources naturelles (décidément quelle visionnaire !), les projets exposés là portent cette trace salutaire.
Le puits de sable qui ouvre l’espace nous a assez longuement hypnotisé. On y voit la projection des animaux évoluant normalement dans le lit de l’Isère déserter peu à peu cet espace à mesure que gronde le bruit des engins de chantier de la carrière toute proche. C’est aussi apaisant qu’angoissant. Bien joué aux étudiant·e·s.
Ceci n’est pas une simple chaise longue
Enfin, le Master Architecture, Ambiance et Culture Numérique s’est penché sur la fameuse chaise longue réalisée par Charlotte Perriand. Celle nommée LC4. Et pourquoi donc ? « Ce sont les initiales de Le Corbusier, avec qui Charlotte Perriand travaillait quand elle a réalisé cette chaise », nous apprennent nos deux guides avant de nous rassurer. « On parle en ce moment-même de renommer la chaise pour que la designeuse qu’était Charlotte Perriand ne se retrouve pas invisibilisée ! » Ouf de soulagement.
Bon, une fois la maternité de la chaise longue rétablie, voyons ce que les étudiant·e·s ont produit à partir de cet illustre modèle. Les différentes versions exposées à la Plateforme étonnent par la diversité de leurs matériaux et par la pluralité des objectifs fixés. Tout miser sur le réemploi des matériaux, sur la beauté de l’objet, sur la technicité d’un assemblage… La succession des démarches a le mérite de nous montrer à quel point le design n’est pas une simple question de forme. Tout y est questionné : le rapport entre technique de fabrication, matériau, géométrie, confort de l’assise, dialogue avec l’environnement… Autant de questions que Charlotte Perriand avait déjà posées, bien avant leur heure.
Exposition « Charlotte Perriand dans les Alpes : source d’inspiration pour la jeune architecture & le design », à La Plateforme
La Plateforme, Ancien Musée de peinture, 9 place de Verdun, Grenoble
Du 1er avril au 1er août.
Du mercredi au samedi de 13h à 19h.
Visites guidées à 14h30 les samedis 25 avril, 9 mai, 23 mai, 6 juin, 20 juin, 4 juillet, 18 juillet.
Pour en savoir plus : Site internet
Photos : Valentin Joyaud