Il est des spectacles pour lesquels la notion de « hors les murs » s’avère parfaitement adaptée. C’est le cas des créations programmées par l’Hexagone, hors les murs donc : Feu la forêt de la compagnie Le Chant des pistes (en juin et juillet) et Faune de la compagnie Libertivore (en mai). Tous deux opèrent un rapprochement stimulant à la nature. Mais nous nous intéresserons de près au second pour une triviale raison de calendrier d’abord puisque Faune se jouera les samedi 23, dimanche 24 et mardi 26 mai (lieux précisés à la fin de cet article). On vous dit ensuite pourquoi il nous semble judicieux d’ajouter cet événement à votre agenda après nous être entretenues avec Fanny Soriano, la très inspirante chorégraphe de cette proposition entre cirque et danse.
Cerfs et femmes : même(s) combat(s) ?
« J’aime les hybridations de toutes sortes », nous confie Fanny Soriano, qui signe l’écriture chorégraphique de Faune. Aussi le cerf fascine-t-il la circassienne. Notamment depuis qu’elle a trouvé par hasard l’un de ces bois somptueux lors d’une promenade dans les forêts environnant Grenoble. « J’ai passé du temps ensuite à me documenter sur toute la symbolique autour de cet animal mystérieux. Et j’ai trouvé des rapprochements intéressants avec la manière dont les femmes évoluent dans la société. » La comparaison paraît audacieuse au premier abord tant l’animal, et son fameux brame, évoquent spontanément la virilité dans sa plus forte expression.
Fanny Soriano, autrice et chorégraphe de Faune
Reconquérir sa liberté
Résumons le propos de Fanny. Le cerf a dû s’adapter à un habitat nocturne qui n’est pas le sien. S’il le pouvait, il vivrait à découvert, le jour, dans les prairies. Ce déplacement peut rappeler la situation des femmes la nuit en ville : théoriquement chez elles, elles restent pourtant sur leurs gardes face aux hommes. Cette bribe de la pensée (riche) aux origines du spectacle ne se lit pas explicitement dans Faune. Il s’agit avant tout d’une proposition non narrative, déployant une folle énergie et brassant de fortes émotions. L’idée théorique d’« empuissancement » des femmes ne se perçoit que si l’on est sensible à cette lecture.
Entre cirque, danse et fascination pour le sauvage
Les retours du public se concentrent d’abord sur la force des rituels à l’œuvre, sur l’émerveillement qu’exerce sur lui l’utilisation des bois de cerf (comme agrès notamment), sur les interactions tantôt poétiques, tantôt puissantes qui se jouent entre les trois interprètes. Lesquelles possèdent un bagage de circassienne tout en livrant une performance peut-être plus proche de la danse ici. Ce qui n’exclut pas, au contraire, une forme de fascination. « Les gens me disent sentir un espace de libération. On joue avec le sauvage, avec quelque chose de joyeux et de mystique parfois… Et parce qu’on joue en circulaire, et que les interprètes ou les bois de cerfs peuvent passer à proximité du public, il y a aussi de fortes émotions. » On en frissonne d’avance.
Faune, de la Cie Libertivore
– Samedi 23 mai à 13h au Camping Valbonheur, à Valbonnais, dans le cadre du festival Les Montagn’arts
– Dimanche 24 mai à 16h dans le parc du domaine de Vizille en partenariat avec le Département de l’Isère
– Mardi 26 mai à 17h dans le parc Charly-Guibbaud de Gières en partenariat avec la ville de Gières et les associations Cultures du cœur et l’Incongrue
Infos et réservation