Les vins du Grésivaudan, renaissance d’un terroir grâce à des vignerons de conviction

On a osé court-circuiter la mode acquise à la bière en partant à la rencontre des vignerons de la vallée du Grésivaudan. Voici l’histoire condensée d’un renouveau porté par des vignerons qui ont parié sur les cépages locaux.

Imaginez-vous un temps où, en fait de noyers, les paysages isérois se composaient quasiment intégralement de vignes. Car oui, l’Isère comptait près de 33 000 hectares de vignobles au milieu du XIXe siècle. Le Grésivaudan abritait environ un tiers de cette culture avant que ce paysage viticole ne se contracte très fortement sous l’effet des crises phylloxériques, des changements économiques et de l’industrialisation agricole. Sur la période récente, on a pu constater avec joie une véritable renaissance du vin local, portée d’abord par quelques pionniers, suivis ensuite par d’autres vignerons. Nous avons voulu mettre en lumière ici ces vignerons engagés qui ont remis la viticulture et les approches naturelles au cœur du Grésivaudan. Et pas pour produire une vulgaire piquette puisqu’on peut retrouver les vins de Thomas Finot, du domaine des Rutissons ou de celui de Giachino sur de jolies tables étoilées. Et pourquoi pas sur les nôtres. Découverte.

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La relance

Thomas Finot s’est installé dans le Grésivaudan, à Bernin précisément, autour de 2007-2008. Aussi fait-il partie des premiers à relancer une production en vin nature sur ce territoire. Le viticulteur met l’accent sur le caractère « typique » des cépages autochtones que sont la Verdesse, l’Etraire de la d’Huy et le Persan. « J’ai voulu redonner leur place à des variétés locales plutôt qu’à des choix standardisés. », défend-il. Propos auquel souscrit pareillement Laurent Fondimare, du domaine des Rutissons, qui s’installe à cheval sur les communes de La Terrasse, du Touvet et de Saint-Vincent-de-Mercuze, en 2010. Il est rejoint deux ans plus tard par Wilfrid Debroize, tombé amoureux de la vigne lors d’une reconversion réussie. « Il y avait tout ce patrimoine viticole à remettre en route, à revaloriser. C’était vraiment passionnant. », s’enthousiasme celui qui a contribué à insuffler cet élan bénéfique à la filière viticole locale en devenant dix années durant président du syndicat des Vins d’Isère.

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Des cépages autochtones

« J’ai commencé à replanter principalement trois cépages locaux retrouvés chez d’anciens propriétaires : la Verdesse, l’Etraire de la d’Huy et le Persan. Le Persan est un cépage ancré dans l’arc alpin et historiquement cultivé dans le Grésivaudan, même s’il figurait aussi dans le cahier des charges savoyard. », raconte Thomas Finot. Pourquoi avait-on délaissé ces cépages ? « Ces cépages locaux ont naturellement des acidités élevées. Cette acidité, autrefois jugée peu commerciale, devient aujourd’hui un atout pour des vins de terroir frais, précis et recherchés. », se félicite Thomas Finot. Wilfrid Debroize, du domaine des Rutissons, abonde en ce sens : « On est vraiment heureux de faire revivre des cépages patrimoniaux qui peuvent s’adapter au changement climatique et donner des vins très frais. Dernièrement, on a planté de la Douce noire, du Mollard et du Joubertin pour faire une cuvée très florale, La Rencontre, entre 10 et 11 degrés. ».

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Une réputation restaurée

Comment les vins du Grésivaudan ont-ils réussi à redorer leur blason ? C’est à Clément Giachino, du domaine Giachino, situé à Chapareillan, avec des vignes côté Savoie, et d’autres côté Isère, que l’on pose la question. « La qualité est clairement montée. Et puis surtout, il y a beaucoup de vignerons qui se sont installés en Isère. Ils travaillent super bien et valorisent leurs produits, ce qui fait connaître la région. C’est ce renouveau des vignerons sur la région qui apporte cette visibilité sur la qualité du produit. » Une visibilité qui profite à tous finalement. La baisse de consommation globale du vin en France épargnerait-elle les vins isérois, et partant, les vins du Grésivaudan ? « C’est vrai qu’on est sur une niche intéressante. La faible taille du marché local reste un atout mais si de trop nombreuses terres devenaient vignes, on ne pourrait pas tout écouler non plus… », tempère Thomas Finot, dont la réputation n’est plus à faire. C’est à peine s’il parvient à honorer la totalité de ses commandes tant ses vins sont appréciés des professionnels de la restauration comme des particuliers.

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Vin nature et biodynamie

On profite une fois de plus du caractère très pédagogue de Clément Giachino pour l’interroger sur la distinction entre ce qu’on appelle le « vin nature » et la « biodynamie ». « Il faut séparer la culture de la vigne de la vinification pour comprendre la différence. Quand on parle de « vin nature », on évoque une vinification sans aucune intervention : pas de soufre ajouté et aucune filtration par exemple. Lorsque l’on parle de biodynamie, on évoque des pratiques de culture de la vigne [qui combine pratiques biologiques, préparations à base de composts et plantes, et soins visant à renforcer la vitalité du sol et des vignes (et, pourquoi pas, prise en compte des cycles lunaires), pour produire des raisins plus sains et expressifs. ndlr]. »

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Les trois domaines dont nous parlons ici (celui de Thomas Finot, les Rutissons et Giachino) sont labellisés en agriculture biologique. Les trois souscrivent en outre aux principes de la biodynamie (Thomas Finot et Giachino possèdent le label Demeter). Mais tous se montrent prudents quant à l’appellation de « vin nature ». Thomas Finot par exemple revendique une démarche de « nature maîtrisée » c’est-à-dire qu’il ne s’interdit pas l’usage des sulfites mais de façon extrêmement limitée (souvent inférieur à 30 mg, parfois zéro) afin d’obtenir des « vins droits et stables ». Ce en quoi il est rejoint par les viticulteurs qui travaillent dans les deux autres domaines cités qui, eux aussi, veulent éviter que leur précieux breuvage ne continuent à travailler après la mise en bouteille.

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Vin versus bière : une question de mode ?

On en entend parler régulièrement. Les vins n’auraient plus la côte. Notamment auprès des jeunes qui leur préféreraient la bière. « C’est sûr qu’on est inquiets mais des changements de consommation, il y en a déjà eu beaucoup aussi par le passé. Peut-être que la bière intéresse un public un peu plus jeune. Mais après, pour moi, ce ne sont pas les mêmes valeurs qui sont véhiculées. Le vin est ancré dans un terroir et, gastronomiquement, il faut dire que le vin a un fort intérêt au niveau gustatif, sur des accords mets-vin. Je n’aime pas trop ce mot, mais ça fait partie de la tradition française, même si ça fait un peu vieillot de le dire ! », sourit Thomas Finot. Lequel est rejoint par Clément Giachino qui n’hésite pas à parler de « mode ». Selon lui, l’heure est en effet à la bière mais les modes tournent comme chacun sait. Et pour ce qui est du coût ? « Les gens pensent que la bière est plus rentable, alors que pas forcément. Entre prendre un verre de 50 cl de bière à 10 ou 11 euros, et acheter une bouteille de vin au même prix : finalement, c’est surtout une question d’habitude. », défend-il.

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Démocratiser le langage du vin

Autre ennemi du vin chez les plus jeunes : le jargon assez pointu qui lui est associé et qui peut inhiber. D’où l’invitation de Thomas Finot à oser rester simple : « Dire qu’un vin est bon, ça me va ! » On pourra donc prendre rendez-vous dans les trois domaines cités pour une dégustation sans prétention. De toute façon, chercher à briller par son lexique, c’est risquer la déconvenue. Si vous dites par exemple au taquin Wilfrid, du domaine des Rutissons, que vous trouvez son Verdesse minéral, il peut vous rétorquer que « la vigne ne se nourrit pourtant pas de cailloux ». Aussi dirons-nous pour finir en toute humilité que les vins produits par les viticulteurs cités ici sont vraiment très bons.

Retrouvez les vins du domaine de Thomas Finot, du domaine des Rutissons et du domaine Giachino chez de nombreux cavistes de qualité dans la région. Possibilité de les contacter pour prendre rendez-vous à la cave pour une dégustation.

Bar à vins du domaine Giachino : O’Giac’sons (ouvert du mercredi au samedi, de 18h à 23h avec vue sur le massif de Belledonne, espace jeu et concerts certains soirs)

  • En tant que journaliste et biographe, j’aime entendre et raconter toutes les histoires. En particulier celles qui concernent les habitants de ma ville d’adoption. Vous en trouverez quelques-unes ici.

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