L’ambition : une Grenoble plus résiliente, plus solidaire et plus désirable face aux défis climatiques, sociaux et environnementaux, en s’appuyant sur l’existant, ses quartiers, ses paysages, son patrimoine. Jusqu’au 31 octobre, « Grenoble 2040, le temps d’après » s’adresse à toutes celles et ceux qui vivent la ville, et ouvre le débat sur les futurs possibles de Grenoble.
Une fresque de 26 mètres pour regarder Grenoble autrement
En arrivant à La Plateforme, place de Verdun, quatre transats et des casques invitent à un premier tour d’horizon en podcast, avant d’entrer dans la salle principale. Là, vingt-six mètres de dessin courent le long des murs : un panorama à 360 degrés qui recompose Grenoble comme depuis le sommet de la tour Perret. En miroir, deux photographies panoramiques prises au même endroit, à presque un siècle d’écart, en 1925 et en 2020, montrent tout le chemin déjà parcouru par la ville.
Plutôt qu’un plan, la démarche Grenoble 2040 a choisi le dessin, dans la tradition grenobloise du panorama. La fresque met en scène l’existant tel qu’il est, ses rues, ses immeubles, ses usages du quotidien : la matière même d’un futur possible. On y marche comme dans un vrai quartier, on reconnaît une rue, une place, un clocher, et on comprend en quelques pas ce que raconte l’exposition : la ville de demain choisit de mieux vivre avec ce qu’elle a déjà, en faisant cohabiter, dans un même lieu, plusieurs usages selon l’heure du jour ou de la nuit.
Une ville pensée pour qu'on s'y sente bien
La salle principale de l’exposition : à gauche, la fresque de 26 mètres et ses deux panoramas en miroir (1925, 2020) ; au centre, les tables-brocantes des seize quartiers ; au fond, le film permet de s’immerger grâce à un projecteur à courte
focale.
Derrière la fresque, trois ans de travail, lancés dans la foulée de l’année où Grenoble a été Capitale verte européenne, en 2022. Depuis 2023, seize portraits de quartier, de la Bajatière à Saint-Bruno, de Teisseire à la Capuche, ont posé un diagnostic inédit autour de la santé au sens large de l’Organisation mondiale de la santé : mentale, sociale, physique, environnementale, bien au-delà du seul soin médical. Nicolas Quantin, architecte-urbaniste et ingénieur territorial à la ville de Grenoble depuis 2011, a porté cette étape avec son équipe : expositions dans les maisons des habitants, rencontres sur l’espace public, carte sensible de ce qui fait déjà du bien dans chaque quartier.
Nicolas Quantin
Dessiner la ville en coupe, pour que tout le monde s'y retrouve
Cette fresque doit beaucoup à Gaëtan Amossé, architecte et dessinateur, capable de transformer une discussion collective en quelques traits de crayon. Avec la ville, l’agence d’urbanisme et Nicolas Tixier, professeur à l’École d’architecture de Grenoble et co-commissaire de l’exposition avec Hiba Debouk, il a été choisi de représenter Grenoble en coupe plutôt qu’en plan : un langage qui réunit intérieurs et extérieurs, sol et ciel, privé et collectif, à la portée de tous les âges. Il y a même glissé quelques animaux facétieux, cachés dans les branches, à qui prend le temps de les chercher.
Cette fresque de 2040 s’installe dans le même mouvement circulaire que les deux panoramas de 1925 et 2020, qui lui font face en miroir dans la salle : treize points de vue reliés en boucle, que l’on pourrait parcourir en tournant sur soi-même au centre de Grenoble.
Treize situations, treize façons d'habiter demain
Et si l’existant devenait le point de départ d’un autre futur ? C’est la question que posent, chacune à sa façon, les treize situations de la fresque. Au centre-ville, les grandes cheminées haussmanniennes, rouvertes et bien orientées, pourraient rafraîchir les logements l’été en faisant remonter l’air frais des caves. À la Villeneuve, la dalle des Géants se couvrirait de terre et de verdure, ses parkings laissant place à des ateliers et du stockage, reliés au sol par de nouvelles passerelles où jouer. Place Vaucanson, en pleine terre sous le bitume, une rue rendue aux piétons suffirait à créer un îlot de fraîcheur, ombragé et bordé de terrasses. Une école du quartier, végétalisée, deviendrait un repère ouvert sur le parc voisin, capable de vivre plusieurs vies selon l’heure du jour, refuge de fraîcheur l’été, lieu de vie de quartier le week-end : ce que les urbanistes appellent la chronotopie, cette idée qu’un même lieu peut changer de fonction au fil de la journée plutôt que de multiplier les équipements.
Sous chaque situation, une capsule sonore fait entendre le témoignage d’un habitant, toutes signées par Déborah Ozil, qui a recueilli cette matière sonore à la manière d’une reportrice, au fil des rencontres avec les habitants. Le film projeté au fond de la salle, à courte focale pour mieux immerger le visiteur, porte la même signature pour le son, la vidéo étant de Loïc Périssez. Ni plan figé ni vision idéale : la fresque reste un support de débat, une invitation à regarder autrement le présent.
Faire la ville avec ceux qui l'habitent
Au centre de la pièce, des tables rassemblent les seize quartiers étudiés depuis trois ans, comme autant d’étals à farfouiller, un peu comme dans une brocante : photos anciennes et contemporaines, fiches de données, et ces « pépites » que les habitants eux-mêmes ont identifiées comme une richesse de leur quartier. Chacun peut comparer son quartier à celui du voisin, et compléter une fiche vierge, crayon en main, pour imaginer le futur de demain.
Cette envie de faire ensemble se prolonge au-delà des tables : un local vacant transformé en salle commune, un jardin partagé, une cour d’école ouverte le week-end. Nicolas Quantin y voit un effet colibri, où chaque petite initiative peut en entraîner d’autres. Des dispositifs comme MurMur, le programme de la Métropole pour la rénovation des copropriétés, existent déjà pour accompagner ces envies. À l’issue de l’exposition, la fresque ira d’ailleurs vivre, morceau par morceau, dans les maisons des habitants. Car c’est bien là l’intention première de cette démarche : que les usagers de la ville, à Grenoble et au-delà, s’emparent de ce sujet et se mobilisent, portés par une conviction chevillée au corps chez toute l’équipe, celle que de telles prospectives prennent vie par l’action collective.
Deux siècles de grands projets, avant de changer d'échelle
Un autre pan de mur, à découvrir en entrant ou juste avant de repartir (Nicolas Tixier aime le lire dans les deux sens), raconte comment Grenoble s’est déjà rêvée en grand. En 1747, un projet de canal imaginait dompter l’Isère. Dans les années 1920, l’urbaniste Léon Jaussely dessine l’extension de la ville vers le sud, déplace la gare, installe l’industrie plus loin, et rêve d’un immense parc sur la presqu’île, en écho au Central Park que l’Américain Frederick Law Olmsted venait d’achever. Le grand parc est resté à l’état d’esquisse, mais les casernes militaires de la ville se sont bien transformées en quartiers d’habitation, comme il l’avait imaginé. Quelques décennies plus tard, le plan porté par l’architecte Henry Bernard reprend la même ambition à plus grande échelle vers le sud : la Villeneuve, le village olympique et leur parc-stade en gardent la trame.
« Dans la première salle, un pan de mur retrace deux siècles de grands projets pour Grenoble : le canal de 1747, le plan Jaussely des années 1920 et le plan Bernard de 1965, à l’origine de la Villeneuve. »
Deux siècles séparent ces plans, chacun ayant occupé plusieurs décennies pour prendre forme, toujours par l’extension et la conquête de nouveaux territoires. Nichée dans sa cuvette, où les terrains encore libres se comptent sur les doigts d’une main, Grenoble a de bonnes raisons de changer d’échelle, et de troquer l’agrandissement contre un autre geste : repenser avec ce qui est déjà là. « C’est plutôt comment on tresse avec l’existant », résume Nicolas Tixier : la fresque parle du même territoire, mais l’habite autrement, à hauteur d’une génération plutôt que d’un siècle.
Nicolas Tixier, co-commissaire de l’exposition
Une expo à vivre plusieurs fois... Ensemble
L’exposition se prolonge d’un programme de rendez-vous, à picorer au fil des semaines. Le jeudi 17 septembre à 18h30, une visite commentée ouvre le bal, en même temps que le vernissage. Trois semaines plus tard, place au débat : le mardi 6 octobre à 17h30, enseignants-chercheurs et membres du C2D métropolitain croisent leurs regards autour d’une controverse intitulée « Demain se fabrique maintenant ». Octobre se poursuit sous le signe des conférences, avec deux voix reconnues de l’urbanisme : Franck Boutté, Grand Prix de l’urbanisme 2022, vient parler d’« Atténuer. Adapter. Engager. » le jeudi 15 à 18h30, puis l’urbaniste Sylvain Grisot prend le relais le jeudi 22, toujours à 18h30, pour évoquer les chemins de la coopération. Et pour qui préfère arpenter la fresque plutôt que d’écouter une conférence, des visites guidées sont proposées chaque samedi, les 19 et 26 septembre puis les 3 et 31 octobre, à 14h.
Reste une conviction, portée par toute l’équipe qui construit cette démarche depuis 2023 : imaginer Grenoble en 2040, c’est ouvrir un chantier collectif, à écrire ensemble plutôt qu’à choisir tout tracé. « Ce futur, il est en commun, à construire, et ça donne aussi envie d’y vivre, d’y être », résume Nicolas Quantin.
Exposition « Grenoble 2040 », à La Plateforme
9, Place de Verdun, 38000 Grenoble
Du 9 septembre 2026 au 31 Octobre 2026
Horaires d’ouverture : Du mercredi au samedi, de 13h à 19h
Pour en savoir plus : Site internet