On s’était déjà fait l’écho ici de l’ambitieux programme porté par le Département de l’Isère sous l’astucieux titre “Des habits et nous”. Cette fin de semaine, du jeudi 15 au samedi 17 mai, il nous semble important de souligner la venue du dernier artiste invité de cette saison culturelle si enthousiasmante.
Cet invité exceptionnel n’est autre qu’Olivier Saillard, historien de la mode, performeur et ancien directeur, entre autres, du Palais Galliera-musée de la mode de la Ville de Paris. Son érudition n’a d’égal que son talent pour rendre au vêtement son capital émotionnel, en le dépouillant au passage de toute la superficialité dont l’affuble trop souvent une mode axée sur la seule consommation. Les deux performances visibles au musée dauphinois, en cette fin de semaine, mêlent en effet « une réflexion sur le vêtement, le souvenir ou la relation intime que chacun de nous peut entretenir avec [lui] au-delà de la mode ». À l’heure où nous écrivons ces mots, les deux défilés-performances affichent complets et nous n’en sommes pas surprises. Nous décidons malgré tout de vous en parler pour vous faire découvrir, par les mots, cette manière d’envisager le vêtement. Les plus audacieux d’entre vous pourront malgré tout tenter leur chance le jour même.
Rendre son sens au vêtement
Dans les deux défilés-performances proposés par Olivier Saillard, le principe est similaire, l’émotion profonde. La mannequin Axelle Doué, dont l’âge constitue déjà en soi un joli pied de nez aux podiums standardisés de la haute couture, défile sous les mots d’une comédienne. Dans “Moda povera V Les vêtements de Renée”, Zoé Guedard livre un texte fort au sein duquel Olivier Saillard dévoile sa démarche. Il a conçu des vêtements gracieux et atemporels que l’on admire à partir de la garde-robe très dépouillée de sa propre mère disparue, Renée. Au-delà de la charge émotionnelle, cette forme d’upcycling se trouve au cœur de la démarche du couturier. De fait, il s’avère capable de proposer « une collection vraiment haute couture […] qui réconcilie l’idée d’une forme poétique de la mode sans l’adosser [au] système du luxe », explique-t-il lui-même. D’où cette formule quasi oxymorique de « Moda povera ».
La robe de mariée devenue célibataire
Déjà, on aime le titre paradoxal et un brin surréaliste : “Les robes de mariées finissent toujours célibataires”. Le deuxième défilé-performance s’amuse de cette destinée commune aux robes de mariée qui échouent, esseulées, dans une armoire, avant de rejoindre les catalogues anonymes de Vinted et du Bon coin. C’est du reste en chinant ce type de robe bon marché qu’Olivier Saillard conçoit son “Moda povera VII”, fidèle à ce principe d’upcycling hissé à sa plus belle expression. Cette fois, c’est la géniale comédienne Rachida Brakni qui énonce un texte prenant parfois des accents troublants : à mi-chemin entre l’annonce triviale de chez Vinted, justement, et le haïku bouleversant de poésie.
Vous l’aurez compris, ici, on adore ce mélange des genres qui nous permet de repenser notre rapport au vêtement en le chargeant à nouveau de ce qu’il porte de plus beau : nos histoires.
Carte blanche à Olivier Saillard
Au musée dauphinois
Chapelle Sainte-Marie d’En-Haut à Grenoble
- “Moda povera V Les vêtements de Renée” [45’]
Avec Axelle Doué, Olivier Saillard, Zoé Guedard et Gaël Mamine.
> Jeudi 15 mai : 18h30 / Vendredi 16 mai : 18h30 / Samedi 17 mai : 11h
- “Moda povera VII, Les robes de mariées finissent toujours célibataires” [45’]
Avec Axelle Doué, Olivier Saillard, Rachida Brakni et Gaël Mamine
> Jeudi 15 mai : 20h / Vendredi 16 mai : 20h / Samedi 17 mai : 12h30
TOUT PUBLIC conseillé à partir de 12 ans
GRATUIT – RÉSERVATION OBLIGATOIRE sur deshabitsetnous.isere.fr
La saison culturelle “Des habits et nous” se poursuit. À suivre sur deshabitsetnous.isere.fr