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Les bleus du ciel de Joan Miró au musée de Grenoble

Jusqu’au 20 juillet 2024 se tient au musée de Grenoble une grande exposition consacrée au peintre Joan Miró, co-organisée avec le centre Pompidou. Conçue comme un large panorama revenant sur les multiples périodes créatrices de l’artiste prolifique, des années 20 aux années 70, elle présente non moins de 130 œuvres émanant de Beaubourg, de la fondation Miró de Barcelone mais aussi du musée de Grenoble lui-même – détenteur rappelons-le d’une des plus belles collection d’art moderne française en région. Ce dernier fut notamment le premier en France à acquérir un Miró dans ses rangs en 1928 ! Plus qu’une simple rétrospective, cette exposition intitulée « Miró, un brasier de signes » porte les couleurs d’une révolte incandescente, d’une ode à la liberté créatrice de cet affranchi de l’art. Un parcours conçu en six temps pour dix-huit salles, avec une importante partie consacrée aux années soixante, d’où émergèrent les fameux bleu, exceptionnellement présentés hors du musée national d’art moderne.

Du terrestre au céleste

De la période détailliste du Miró des débuts, une seule toile est présentée : Intérieur, (La Fermière). Revenant sur l’ancrage de l’homme à sa Catalogne natale, elle fait découvrir un peintre minutieusement adonné à retranscrire la propre vision du monde qui l’entoure, en faisant converger différentes influences. Une femme aux pieds monumentaux qui traduit son attachement à la terre et au réel nous offre un contraste total, choc mérité pour apprécier les peintures de rêves qui s’ensuivent. En entrant dans la seconde salle, on perçoit dès lors une première petite révolution au sein de la peinture de l’artiste, qui s’éloigne des traits si précis pour plonger dans un second monde onirique, comme dans la peinture La Sieste. Les éléments de la quotidienneté transfigurés sont précurseurs des composants du monde de Miró. De 1925 à 1927, au contact du cercle de la parisienne rue Blomet composé entre autres de René Char, André Masson et Tristan Tzara a lieu ce qu’il appellera le « déracinement nécessaire ». Sur les toiles s’impriment désormais comme les songes évadés de son esprit, traduisant son attachement à la sensation. C’est une œuvre toute empreinte d’une poésie surréaliste affirmée qui nous interpelle également. La délicatesse du Portrait d’une danseuse, constitué d’une étoile piquée dans le tableau même et d’une plume d’oiseau brosse un portrait à rebours des clichés envisageables pour dépeindre une danseuse espagnole. Une fragilité féroce, soit un antagonisme supplémentaire pour celui qui s’apprête à vouloir « assassiner la peinture ».

À lui la rage

On est presque interdit devant Peinture (Tête) et sa violence immanente, qui tranche encore sur notre visite jusqu’alors.

« Dans le désordre de la pensée naît la poésie » s’attachait à dire Georges Bataille

dont Miró se disait proche par l’esprit à l’époque où il conçut cette toile. Il ordonne sur celle-ci une tête violette entourée d’un décor griffonné, taché, gribouillé, tel le jaillissement de « la sensation qui lui griffe l’âme ». Un peu plus loin, une sculpture nous arrête tout net, elle date de 1935, et propriété elle aussi d’André Breton alors : le chef de file des surréalistes et auteur de son manifeste était  friand de ces « objets magiques ». L’œuvre fut conçue en deux temps, entre Paris et Montroig avec un morceau de tronc de caroubier de son village natal agrémenté d’objets métalliques trouvés au cours de promenades. La peinture rouge utilisée et le sexe figuré par un œil menaçant parachève de donner une force érotique et mystique à cet Objet du couchant, tel une origine du monde chaotique.


miro peintreLe Bleu du ciel

À autre époque autres lieux, Miró se rend souvent à la fin des années 30 en Normandie, pour trouver l’apaisement et conjurer ses insomnies causées par la montée du fascisme et l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale. C’est là-bas, auprès de Georges Braque ou de Raymond Queneau qu’il construira la fameuse série des Constellations, soit 22 toiles présentées ici aux titres poétiques très singuliers mais formant bien un tout. Sur fonds de ciel brouillés aux couleurs neutres Miró déploie toute la palette de son alphabet de signes, tout comme son écriture chromatique. Mais qui peut le plus peut le moins. Ces œuvres annoncent les fameux trois Bleu I, II et III peints en 1961, quand Miró avait abandonné la peinture de chevalet pour s’exprimer sur des surfaces immenses. Un bleu aussi immersif que captivant où l’on plonge et se perd avec délectation. Les signes de Miró même y disparaissent, happés par la couleur. Il disait « j’éprouve le besoin d’atteindre le maximum d’intensité avec le minimum de moyens », un esprit que l’on peut rapprocher de son contemporain Pierre Soulages, qui affirmait que « plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte ».

exposition musée de grenoble

Deux sommités contrastées chez qui la lumière côtoie les ténèbres, et une invitation à se perdre dans les vastes étendues azurées au musée de Grenoble. Et pourquoi pas lire, en préambule ou en épilogue, ce Bleu du ciel d’un Georges Bataille cher à son cœur qui légenderait parfaitement cette expérience :

Dans cette nuit opaque, je m’étais rendu ivre de lumière (…) Mes yeux ne se perdaient plus dans les étoiles qui luisaient au-dessus de moi réellement, mais dans le bleu du ciel de midi. Je les fermais pour me perdre dans ce bleu brillant : de gros insectes noirs en surgissaient comme des trombes en bourdonnant.

 

Miró. Un brasier de signes 

Exposition du 20 avril au 21 juillet 2024

Musée de Grenoble,
5 Pl. de Lavalette, Grenoble

Information sur leur site

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