C’est un vendredi de novembre que nous rencontrons Coralie au Grand Collectif, dans le Quartier de l’Abbaye, où elle a installé son atelier. Le bâtiment, prêté par la ville de Grenoble, est devenu un lieu de culture, de travail, d’expérimentation artistique et d’éducation populaire.
Avant d’entrer et de prendre le chemin de son petit atelier au deuxième étage, on aperçoit, sur les murs et volets des bâtiments voisins, des grandes impressions dont on reconnait le style. C’est bien Coralie qui les a réalisées. Elle nous expliquera plus tard qu’elles racontent les histoires de douze femmes victimes de violences (six vivant à Grenoble, six autres dans le Sud-Ouest), mises en relation entre elles par la Compagnie du Dernier étage, qui leur a proposé d’échanger par correspondance épistolaire. Coralie a reçu toutes les lettres, et les a illustrées. Le ton de son travail est donné : on y trouve des créations qui racontent des histoires, et tissent des liens improbables, pourtant évidents et indispensables.
Un engagement évident
À première vue, les illustrations de Coralie semblent baignées d’innocence, comme imprégnées de la candeur de l’enfance. « On m’a souvent dit que mon dessin évoquait des gribouillages », confie-t-elle, en référence à son travail de répétition des motifs. Un regard plus attentif révèle une superposition de couches et de strates, d’où naissent des messages et des thématiques puissantes.
« Ce qui m’intéresse, c’est la transparence. Ensuite, je travaille par couches : je pars du fond pour réhausser. » Cette naïveté apparente devient alors vectrice de propos forts, qu’elle transmet en mêlant motifs, formes et mots. Au sens propre, par la superposition des couches de peinture, comme au sens figuré, les illustrations de Coralie offrent plusieurs niveaux de lecture. Chacun dévoile de nouvelles couleurs, et autant de messages à interpréter ou ressentir.
Pour elle, le dessin est avant tout un moyen de raconter des histoires et de faire entendre la voix de celles et ceux que l’on n’écoute pas, ou qui, sans espace de création, n’auraient jamais pu se rencontrer ni dialoguer.
Le dessin comme lien
Coralie n’est pas seulement illustratrice. Elle vient pour dessiner ici, à son atelier, mais l’essentiel de son temps est dédié à son autre casquette : celle d’artiste intervenante. Dans les écoles, les EHPAD ou les établissements carcéraux, elle anime des ateliers créatifs, avec pour objectif de reconnecter les participants à une pratique artistique et à un imaginaire parfois mis de côté. « Il faut du temps pour déployer son imaginaire. Et dans le quotidien, hors du cadre d’un atelier, on ne se l’accorde pas toujours », explique-t-elle. Faute de temps, ou parce qu’on ne prend pas la mesure de ses bienfaits.
Elle nous raconte : « L’autre jour, j’ai animé un atelier dans une école primaire. On a fait de la peinture. Un petit garçon de CE2 s’est mis à pleurer à la fin. Je suis allée le voir pour lui demander ce qui n’allait pas, et il m’a répondu : « C’est la première fois de ma vie que je fais de la peinture. » On oublie, mais tout ça n’est pas donné à tout le monde. »
Pour Coralie, un atelier est réussi lorsqu’il laisse à chacun une découverte, une nouvelle technique, une émotion éprouvée. Ce pouvoir du crayon, elle l’a rencontré alors qu’elle était auxiliaire de vie en parallèle de ses études aux Beaux-Arts de Grenoble. Moins intrusif que la photographie, le dessin lui permettait d’aborder avec délicatesse l’histoire des personnes qu’elle accompagnait, quels que soient leur âge ou leur parcours, en croisant leur récit avec sa propre expérience d’accompagnante. De ces portraits naissait un lien : en les partageant, elle offrait à chacun un reflet inédit de soi, éclairé par la légèreté et la couleur du crayon. C’est ainsi qu’est née son envie de raconter et de représenter les corps dans toute leur diversité, et de donner à voir les expériences et les vécus qu’ils incarnent – notamment lorsque ceux-ci restent invisibles à l’œil nu.
Grenoble, décor en strates
Forcément, cette approche nous a touchées. D’autant qu’au-delà des corps aux multiples strates, Coralie choisit souvent pour toile de fond les montagnes, paysages naturellement superposés et riches de couches à explorer. Originaire d’Alsace, ce sont ses études qui l’ont amenée à Grenoble, proche des paysages qu’elle adore et qui l’inspirent. En feuilletant ses carnets et son travail remplis de sommets, une idée nous est venue : demander à Coralie de réaliser pour Les mondaines une illustration spéciale, d’un paysage grenoblois qu’elle affectionne. Spoiler : elle a relevé le défi avec brio. On vous donne rendez-vous le 1er janvier sur nos réseaux pour découvrir cette collaboration dont nous sommes immensément fières.
Lors de notre visite, Coralie était plongée dans la réflexion autour de l’illustration que nous lui avions commandée. Ici, elle en est aux premières strates de peinture.
En attendant, vous pouvez retrouver une partie du travail de Coralie au Pop Local, ou sur son Instagram.
Photos : Valentin Joyaud
Coralie Simmet
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