D’où vient qu’une balade dans Chambéry donne l’impression de changer d’air ? Peut-être que son château médiéval et les étroites ruelles qui semblent en découler jouent un rôle dans ce dépaysement temporel. Ses adorables ateliers de coutures et autres boutiques de créateurs nous invitent elles aussi à la flânerie. Enfin, les terrasses des cafés nous font vraiment hésiter entre différentes enseignes pour notre sacrosainte collation. Bref, il est impératif de découvrir les pépites chambériennes pour qui n’y a pas encore goûtées. C’est parti pour une journée à Chambéry.
Un voyage dans le temps
Le château perché (celui des Ducs de Savoie) donne le ton : on lève le nez, on se laisse happer par le passé. Sa silhouette marque le point de départ idéal d’une balade. Si vous préférez la sécurité d’un plan, l’office de tourisme distribuera volontiers la carte. Sinon, laissez‑vous porter par les pastilles-éléphants au sol. Elles dessinent un parcours fléché parfait pour embrasser l’essence de la ville. Ces petites boussoles s’avèrent en outre très ludiques en transformant le centre-ville en jeu de piste. Suivre les éléphants, c’est accepter de se faire guider sans s’en rendre compte : on tourne, on bifurque, on découvre une cour, une porte sculptée, une vitrine inattendue. Et, bien sûr, les fameuses traboules à la savoyarde.
Un dédale de traboules
N’en déplaisent aux Lyonnais, nous avons osé, portés par les Chambériens eux-mêmes qui emploient le terme. Oui, Chambéry est riche de traboules mystérieuses et secrètes qui percent astucieusement les pâtés de maisons. Avec des enfants, à la nuit tombée, c’est encore plus rigolo, à condition, ça va sans dire, de ne pas les laisser trotter trop loin tout seuls. À Grenoble, Stendhal aurait dit « au bout de chaque rue, une montagne ». Sur son exemple, on pourrait tenter un : « à Chambéry, au bout de chaque traboule, une surprise. » En l’occurrence, on a trouvé au bout de ces passages – également intéressants d’un point de vue patrimonial – une école de danse, une boutique Emmaüs, une courée et son escalier en colimaçon…
Rue Juiverie pour le goûter
Voilà que sonne l’heure sacrée du goûter. Et c’est rue Juiverie que la tentation se fait irrésistible. Après avoir hésité devant les petits plaids douillets qui ornent toutes les terrasses (promesse de chaleur et de confort immédiat), nous nous installons à La Goguette de Juliette. Une part de gâteau au chocolat, faiblement sucrée comme promis, accompagne un café fumant : exactement ce qu’il nous faut pour reprendre des forces.
Le serveur, complice, nous raconte l’histoire de la rue pendant la dégustation. Autrefois un seul et même propriétaire possédait une rangée de boutiques ici. Puis, les commerces ont peu à peu fermé jusqu’à laisser la rue silencieuse. Un premier café, Chez les Poulettes (testé et approuvé également), a fait renaître l’animation. Peu à peu d’autres adresses ont suivi, transformant la rue Juiverie en repaire charmant pour amateurs de cafés‑thés, de pâtisseries maison et de chaï latté. Sans surprise, c’est notre rue préférée, à égalité avec l’adorable placette qui accueille entre autres le restaurant végétalien La Forge des Halles, qu’on vous recommande chaleureusement !
Un peu de shopping
Impossible de quitter la place sans avoir fait ne serait-ce qu’un brin de shopping. Facile. Le centre‑ville s’organise avec une douceur quasi chirurgicale : on boit un chocolat rue Juiverie, on chine une veste dans l’un des nombreuses friperies de la rue Croix‑d’Or, puis on finit la soirée dans un bar rue Bonivard. Restent les nombreuses boutiques de créateurs disséminées un peu partout selon un ordre plus aléatoire. Un mot pour Capsule 32 : sa devanture délicieusement fleurie attire le regard comme un petit théâtre végétal, on s’y arrête forcément. Et ne manquez pas les ateliers‑boutiques de la rue Basse du Château. On a aimé voir la couturière de Entre Figue et Jasmin au travail derrière sa vitrine, parachevant cette impression de voyager dans le temps.