
Pour ce sixième et dernier épisode, nous terminons en apothéose notre visite au Musée grâce à l’œuvre d’une femme artiste hors-du-commun, Georgette Agutte. Intelligente et douée, elle est reconnue à son époque pour son style unique et novateur, mais également pour la collection d’art exceptionnelle acquise par son mari et elle.
L’art comme une évidence
Fille de peintre, Georgette Agutte est initiée à l’art dès son plus jeune âge, d’abord en sculpture, puis en peinture. Grâce à son premier époux, le critique d’art Paul Flat, elle est acceptée en tant qu’élève libre à l’École des beaux-arts de Paris dans le cours de l’artiste Gustave Moreau. Petite révolution, elle est l’une des premières femmes à être admise dans cette vénérable institution… Qui finira par accepter officiellement les femmes en tant qu’élèves quatre ans plus tard, en 1897.
Dans l’atelier de Moreau, elle rencontre Henri Matisse qui devient l’un des ses plus proches amis. Ce dernier la pousse à une peinture plus libre, aux couleurs éclatantes. Peu à peu, elle se fait une réputation et participe à différents Salons avec succès. Elle expose à plusieurs reprises dans les galeries parisiennes à la mode, Georges Petit, Druet et Bernheim-Jeune
Les couleurs de la nouveauté
En 25 ans de carrière, elle crée plus de 800 œuvres et doit faire face à des critiques aussi élogieuses que brutales, comme celle de ce journaliste de La Renaissance politique, littéraire et artistique le 14 mars 1914 : « Que Madame Georgette Agutte ait du talent, voilà qui n’est pas en cause, ni même qu’elle ait de l’originalité. Mais, tout de même, il est assez piquant qu’une femme, qu’une simple femme ait pu innover au point d’ajouter, en quelque mesure, à la technique picturale. »


L’amour de l’art
Georgette Agutte va également devenir l’une des grandes collectionneuses de son époque, avec son deuxième époux Marcel Sembat. Homme politique de la IIIe République, proche de Jaurès et de Blum, il est un ardent défenseur de l’art moderne qu’il n’hésite pas à défendre à l’Assemblée Nationale. En avance sur son temps, il encourage la carrière de son épouse et c’est à deux qu’ils acquièrent des œuvres de leurs amis artistes.
Malheureusement, le bonheur de ce couple hors-norme s’arrête brutalement le 5 septembre 1922, Marcel succombe à une hémorragie cérébrale dans leur chalet de Chamonix. Georgette ne peut lui survivre, elle se suicide en laissant cette lettre bouleversante : « Ma vie est terminée avec lui. Par lui j’avais le bonheur, je l’ai eu amplement, je n’ai pas à me plaindre, mais sans lui la lumière est morte. Adieu. Voilà douze heures qu’il est parti. Je suis en retard. »

Musée de Grenoble
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h 30, sauf le mardi
5 place Lavalette, Grenoble – 04 76 63 44 44
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Une série proposée en collaboration avec le Musée de Grenoble
L’art comme une évidence
Les couleurs de la nouveauté
L’amour de l’art