
Pour ce cinquième épisode, nous nous retrouvons sur les bords de l’Isère, les silhouettes des maisons s’alignent avec les pics des montagnes. Au-loin, on distingue le clocher de la collégiale Saint-André, reconnaissable entre tous au milieu des toits rouge-brun. Que ce soit en photo aujourd’hui ou en peinture, Grenoble et son paysage nous invite à la contemplation.
Un peintre dauphinois
Véritable source d’inspiration pour les peintres ayant admiré cette vue, la ville et ses alentours se retrouvent au cœur des créations de l’école dauphinoise à la fin du 19e siècle. C’est l’une des salles les plus frappantes du Musée de Grenoble, notamment avec l’immense toile du Lac de l’Eychauda par l’abbé Guétal. Néanmoins, nous laissons de côté les grands formats pour nous intéresser plutôt aux petits paysages de Jean Achard.
Rien ne prédestinait Jean Achard à la carrière de peintre. Né à Voreppe en 1807, il grandit dans une famille de paysans et bénéficie de l’école municipale gratuite de dessin. Malgré ses nombreux voyages, il revient inlassablement sur sa terre d’origine et peint sans relâche les paysages grenoblois.

Une carte postale du 19e siècle
Jean Achard était peut-être un peu en retard, ou un peu en avance sur son temps. Il s’inspire de la tradition du 18e siècle des vues de ports, classiques chez Le Lorrain par exemple (le Musée possède toujours un beau paysage de ce dernier dans ses collections). On le voit sur les deux petites vues de Grenoble : la cité, coupée en son centre par le ruban de l’Isère, s’ouvre sur un large horizon de montagnes.
C’est en réalité une véritable mise en scène de théâtre qui s’offre à nos yeux. La perspective est choisie avec soin, avec des effets de lumière et de contraste qui mettent en valeur les textures et les différents éléments du paysage. Le bleu du ciel et des massifs lointains tranchent avec la frise d’immeubles bordant la rivière.
Finesse et précision
La touche est très légère, n’hésitez pas à vous approcher pour regarder le peu d’épaisseur de peinture posée sur la toile. Chaque pierre, chaque feuille est détaillée, dessinée avec le plus grand soin. Au-delà du paysage, c’est toute une époque qui se raconte, en particulier grâce aux petits personnages que l’on distingue le long des quais.
La vision du peintre est poétique, mais elle respecte parfaitement l’apparence de la ville et des montagnes environnantes. On peut s’amuser à reconnaître différents monuments, de la Tour de l’Isle à la Porte de France, du Fort du Rabot au quartier Saint-Laurent. Pourtant, tout a changé aujourd’hui, la physionomie des rives de l’Isère ayant complètement été transformée par la construction des quais à partir de la moitié du 19e siècle.

Vue de Grenoble prise de l’ancienne porte Saint-Laurent, 1837, huile sur toile, 60×92 cm
Vue de Grenoble prise du quai de la Graille, 1837, huile sur toile, 60×92 cm
Musée de Grenoble
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h 30, sauf le mardi
5 place Lavalette, Grenoble – 04 76 63 44 44
Site – Facebook – Instagram
Une série proposée en collaboration avec le Musée de Grenoble
Un peintre dauphinois
Une carte postale du 19e siècle
Finesse et précision