Jo Libertiaux est devenue comédienne… à la retraite. Coiffeuse, divorcée, elle a élevé seule quatre fils. Elle tenait déjà son propre rôle dans la précédente pièce de son fils, « The Quest », qui établissait un parallèle entre le Brexit et le divorce de ses parents. Dans ce nouveau spectacle, acclamé en Avignon et partout en Europe, Cédric Eeckhout met sa mère et lui-même au centre de la scène, sous l’œil complice de la chanteuse d’opéra Pauline Sikirdji, ici au piano. Plongée dans une existence de battante, féministe, qui est aussi un miroir grossissant de notre époque.
Quand on échange avec lui, Cédric Eeckhout parle vite et avec fougue, et de sa mère, et de sa pièce. Pourquoi avoir créé ce spectacle ? Avec l’âge, il a compris que le temps était compté avec ses proches, et c’est tout naturellement qu’il a voulu mettre en scène sa mère. Inspiré par l’œuvre d’Annie Ernaux, notamment son livre « Une Femme » qui portait sur sa mère, il a cherché à créer un spectacle au plus près de la vie vécue. La famille et la création artistique, l’intime et le politique, loin de s’opposer, résonnent ensemble et forment une fresque joyeuse et touchante. Sur le plateau, la majorité des meubles et objets vient véritablement de la cave et du grenier de Jo. Cette accumulation matérielle raconte aussi les 30 Glorieuses, l’envie de sortir de sa condition sociale par la consommation. Rendre la mémoire visible, montrer des manières d’être féministe au moins aussi valables que celles des livres : c’est l’ambition du metteur en scène.
Cédric Eeckhout
Hommage filial et portrait de l'époque
« Héritage » bruisse de paroles, de chants, de mouvements, d’objets, de vêtements, d’émotions. C’est touchant, c’est bondissant, et le public partout ne s’y trompe pas : nombreux·ses sont les spectacteurs·trices qui prennent Jo dans leurs bras à l’issue du spectacle. Les femmes se sentent vues dans leurs trajectoires, les hommes sont touchés par les vérités qu’on n’entend pas ailleurs. La déclaration d’amour d’un fils à sa mère devient radiographie humble de notre temps. Qu’est-ce qui passe d’une génération à l’autre ? Comment se construire quand on se sent différent·e, dans une société conformiste ?
L’arbre à témoignages : à vos lignées !
Et parce que les questions que soulève cette pièce sont à la fois universelles et intimes, pour prolonger l’expérience, vous êtes invité·es à laisser un mot dans le hall de l’Hexagone, sur l’Arbre à témoignages : que vous ont transmis vos parents ? Une courte sélection sera lue lors de la soirée. Une belle manière de boucler la boucle de la grande affaire familiale, qui n’en finit jamais.
Cerise sur le gâteau : confidence de Cédric Eeckhout, c’est le 11 octobre que Jo passera le cap des 80 ans. L’occasion, quelques jours plus tard à l’Hexagone, de célébrer sa vie, et toute la vie, avec elle et tous·tes ensemble.
L’Hexagone Scène nationale de Meylan
24 rue des Aiguinards, Meylan
Héritage, mardi 14 octobre, à 14h15 et à 20h
A partir de 15 ans – 1h20
Réservations