La scène à ne pas manquer : Grand Pays, quand la fraternité devient un délit

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Avec Grand Pays, présenté le 6 octobre au TMG – Grand Théâtre, le collectif Le Bleu d’Armand s’empare d’un sujet a priori intimidant (l’aide aux personnes exilées et ses conséquences judiciaires) pour en faire une comédie aussi documentée que décalée.

À première vue, Grand Pays, programmé jeudi 6 octobre au TMG – Grand Théâtre, n’a rien d’une partie de plaisir. Il y est question de personnes exilées, de frontières et de procès pour acte de solidarité. Pourtant, le collectif Le Bleu d’Armand invite à ne pas se laisser impressionner par la gravité du sujet. Car la pièce repose sur une situation profondément absurde : comment peut-on être condamné pour avoir fait preuve de fraternité ? Le titre même du délit ressemble à une antithèse (vous vous souvenez, cette figure de style étudiée au bac de français qui consiste à adjoindre des contraires). C’est précisément cette contradiction que le spectacle choisit de mettre en lumière, en la poussant du côté du burlesque.

Spectacle Grand Pays au TMG Grand Théâtre à Grenoble
Photo : Kevin Buy

Une justice bouffonne

À l’origine de Grand Pays, Anna Pabst et Nolwenn Le Doth souhaitent observer celles et ceux qui se demandent comment agir et jusqu’où ils peuvent aller sans tomber dans l’illégalité. Pour écrire la pièce, l’équipe fait appel à Faustine Noguès. Laquelle s’inspire notamment du parcours de Cédric Herrou, agriculteur de la vallée de la Roya devenu une figure emblématique de l’aide aux personnes exilées. Mais Grand Pays ne se contente pas de transposer ces faits sur scène. Les procès sont réinventés dans un village imaginaire, Pignol, et les personnages sont fictifs, même si leurs trajectoires peuvent rappeler des histoires bien réelles. « Il y a toute une partie qui est presque un cours de droit constitutionnel », explique Anna Pabst, directrice artistique du collectif et comédienne dans la pièce. Mais un cours de droit où les « sages » sont traités sur un mode burlesque, afin de rendre compréhensible un sujet particulièrement technique. L’excellente réception de la pièce démontre la réussite de cette périlleuse entreprise.

Derrière le burlesque, l’espoir

Derrière les scènes loufoques se joue une véritable bascule juridique. En 2018, le Conseil constitutionnel reconnaît le principe de fraternité, à la suite des actions menées par Cédric Herrou, ses avocats et plusieurs associations. Avant cette décision, la fraternité n’avait pas encore de valeur constitutionnelle effective. L’aide apportée à des personnes étrangères pouvait donc être sanctionnée au nom du « délit de solidarité ». « Les médias ont moins mis en avant cette évolution du droit que les procès eux-mêmes », regrette Anna Pabst. La pièce vient ainsi rappeler que des citoyens ordinaires peuvent peser sur les institutions. Le théâtre joue alors un rôle de transmission : il se saisit d’une histoire juridique complexe, souvent absente des récits médiatiques, pour la rendre vivante, accessible et même drôle.

Une pièce subtile

Grand Pays, au TMG (Grenoble) octobre 2026

La pièce évite de distribuer les bons et les mauvais points de manière trop confortable. Parmi ses personnages figure Xavier Barzin, un homme proche des idées de l’extrême droite. « Un jeune migrant se présente plusieurs fois chez lui. À chaque fois, Barzin appelle la gendarmerie. Puis, devant l’absence de solution, il finit par conduire lui-même le jeune à l’aide sociale à l’enfance. Et le voilà accusé d’avoir facilité le passage d’une personne en situation irrégulière », résume Anna. Sa défense est pour le moins inattendue : ses avocats entreprennent de démontrer qu’il ne peut pas être coupable de solidarité puisqu’il est ouvertement raciste ! C’est dans ce renversement que l’écriture de Faustine Noguès révèle toute sa finesse. Le personnage n’est pas transformé en militant humaniste malgré lui (comme on pourrait l’attendre dans une comédie feel good caricaturale). Il reste ce qu’il est, avec ses préjugés et ses convictions. Mais il se retrouve embarqué dans une mécanique judiciaire qui le dépasse.

Grand Pays, au TMG – Grand Théâtre
Le 6 octobre, à 20 heures.  
4 rue Hector-Berlioz, Grenoble
Tarifs : plein 16 €, réduit 10 €, solidaire 5€
Site Internet | Réservations

  • En tant que journaliste et biographe, j’aime entendre et raconter toutes les histoires. En particulier celles qui concernent les habitants de ma ville d’adoption. Vous en trouverez quelques-unes ici.

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