Poser ses valises à l'Auberge de la Forêt
Après la traversée de la vallée du Bourg-d’Oisans, la route s’élève progressivement vers Auris-en-Oisans. Les lacets s’enchaînent, les sommets se rapprochent, on ouvre les fenêtres pour respirer l’air frais. Plus on prend de l’altitude, plus le rythme ralentit. Avant même d’arriver, la montagne commence déjà à faire son effet : respirer !
Avant d’atteindre la station, on traverse plusieurs hameaux qui font le village historique d’Auris-en-Oisans. Les maisons de pierre, les anciens chemins pastoraux et les murets témoignent d’une vie bien avant l’arrivée du tourisme. Dans le dernier hameau avant la station, quelques minutes à pied suffisent pour rejoindre un grand chalet où un arbre centenaire trône sur la terrasse avec vue sur les Deux-Alpes. Notre cocon pour la nuit : l’Auberge de la Forêt.
Décoration rustique, coin cheminée, vieille horloge dans le salon, du bois partout : pas de doute, nous sommes bien à la montagne. Celle chaleureuse, enveloppante et réconfortante. Et en poussant la porte, on comprend rapidement pourquoi des familles, des couples mais aussi des télétravailleurs reviennent régulièrement.
Loin de l’effervescence de l’hiver, ce qui frappe ici, c’est le calme. Le silence. La sensation d’être presque seuls au monde, et d’arriver dans une maison de campagne familiale.
Depuis six ans, Virginie fait vivre les lieux seule avec une idée simple : recevoir ses hôtes comme à la maison. « Je veux que les gens se sentent à l’aise pour vivre ici. Parfois, le matin, il y a des enfants qui descendent en pyjama prendre leur petit déjeuner, des cadres qui télétravaillent sur la terrasse, un café à la main… »
Sur la terrasse en bois, l’arbre majestueux invite naturellement à faire une pause pour admirer la vue sur les montagnes, pendant que quelques vacanciers prolongent l’apéritif en riant. Une invitation simple à ralentir, s’asseoir… et contempler.
Un dîner sous les étoiles
Lorsque le soleil disparaît derrière les sommets et que les derniers rayons teintent les montagnes de rose, l’ambiance change encore. La terrasse s’illumine doucement. Quelques lampions, des plaids sur les chaises, les étoiles qui apparaissent une à une… le décor est planté.
La cuisine met à l’honneur les produits du terroir avec des recettes simples, généreuses et de saison. Des assiettes réconfortantes qui donnent envie de prolonger le repas sans regarder l’heure. Les conversations se mêlent au bruit des verres que l’on trinque pendant que le ciel se remplit peu à peu d’étoiles.
Quand on est citadin, ce calme est presque déroutant. Il nous accompagne jusqu’à notre chambre où la terrasse avec vue à 180 degrés sur les sommets devient le meilleur endroit pour observer la lune se lever au-dessus des Deux-Alpes et écouter le silence.
Se réveiller avec vue
Au petit matin, aucun réveil n’est nécessaire. La lumière entre doucement dans la chambre. Quelques étirements sur la terrasse, l’air frais qui porte cette odeur si particulière des matins en montagne, puis direction la salle du petit déjeuner, installée dans une ancienne bergerie.
Pain grillé, œuf à la coque, confitures maison, reblochon, jambon de pays… le buffet sucré-salé donne immédiatement le ton de la journée : prendre des forces pour aller explorer les alentours.
Randonner entre balcons et alpages
Il est 8 h 30. Nous retrouvons Robin, notre accompagnateur en montagne, pour une boucle d’environ cinq heures sur les balcons d’Auris-en-Oisans.
Le sentier serpente d’abord à l’ombre des épicéas avant de dévoiler progressivement la vallée de la Romanche et la Meije. Anciennes parcelles agricoles, schiste, papillons, fleurs sauvages… chaque virage raconte quelque chose du territoire.
Au fil de la marche, Robin attire notre attention sur tous ces détails que l’on ne remarquerait jamais seul. Les murs de pierre qui délimitaient autrefois les cultures, les anciens pâturages aménagés pour protéger les pentes des avalanches, les chapelles de bergers encore utilisées aujourd’hui ou encore le gaillet jaune, cette plante qui servait autrefois de présure végétale pour fabriquer les fromages.
Peu fréquentée, cette randonnée facile est une véritable immersion dans une montagne encore préservée. Il y pousse également les cynorhodons et les digitales, tandis que gypaètes et faucons planent régulièrement au-dessus des crêtes. Avec un peu de chance, les plus matinaux apercevront même un chevreuil, un cerf ou un renard.
Loin d’une randonnée de performance, cette balade invite à ralentir. À s’arrêter pour écouter le vent dans les arbres, observer un papillon ou simplement respirer.
Après la montée entre les murets de pierre, nous rejoignons les alpages. Le paysage s’ouvre soudain sur les Grandes Rousses. Des centaines de moutons dorment à l’ombre tandis qu’une petite cabane marque l’arrivée sur un vaste plateau baigné de soleil.
Le retour emprunte plusieurs hameaux et leurs petites chapelles. En poussant leurs portes, on découvre des lieux de fraîcheur et de silence qui témoignent de la vie encore bien présente dans ces villages. Plus loin, le lac du Chambon apparaît au pied de la Meije.
Tout au long de cette boucle d’environ huit kilomètres, les paysages changent sans cesse. On oublie rapidement l’heure. On marche, on contemple, on respire.
À noter tout de même que la première partie peut impressionner les personnes sujettes au vertige, même si aucun équipement technique n’est nécessaire. De bonnes chaussures de randonnée et une paire de bâtons suffisent.
Un pique-nique face aux sommets
Impossible de résister à l’envie de s’arrêter déjeuner face au paysage. Dans le panier : quelques produits locaux dénichés au marché ou chez les producteurs du village. Des fromages de l’Oisans, un morceau de saucisson, du pain frais, un peu de miel ou encore une gelée de génépi. Une pierre d’ardoise en guise de table, la Meije et le Rochail face à nous… difficile d’imaginer meilleur endroit pour faire une pause gourmande !
Un territoire protégé, à préserver
En marchant avec Robin, on comprend vite qu’ici, la montagne n’est pas un décor figé. Les alpages que l’on traverse sont encore pâturés par les troupeaux, les sentiers empruntent d’anciens chemins utilisés depuis des générations et les hameaux témoignent d’une vie de montagne toujours bien présente. Chaque été, les moutons entretiennent naturellement les prairies et participent à préserver ces paysages ouverts qui font le charme d’Auris-en-Oisans.
Pour que cet équilibre perdure, quelques gestes simples permettent à chacun de profiter des lieux tout en les respectant : rester sur les sentiers balisés pour préserver la flore, tenir son chien en laisse à proximité des troupeaux, refermer les clôtures après son passage, rapporter tous ses déchets, observer les animaux sans les déranger, ne pas cueillir les fleurs. Auris-en-Oisans et le territoire de l’Oisans tiennent particulièrement à ce que la montagne soit un espace protégé et sensibilisent le plus possible les passants.
C’est sans doute ce que l’on retient le plus de cette randonnée. Derrière les panoramas, il y a un territoire vivant, façonné par les bergers, les agriculteurs et les habitants qui continuent de l’entretenir. Une montagne qui invite autant à l’émerveillement qu’au respect.
Auris-en-Oisans, un village de hameaux avant une station
La randonnée se poursuit entre les différents hameaux. Ce qui surprend ici, c’est qu’il n’existe pas un seul village, mais plusieurs petits hameaux accrochés au versant sud de la montagne. Habités toute l’année, ils racontent l’histoire d’Auris-en-Oisans, bien avant la création de la station qui carbure l’hiver, où on aime vivre et la nature.
Et si Auris-en-Oisans séduit autant les familles et les couples en recherche de nature, c’est aussi par cette atmosphère. Une ambiance de village, où tout est à taille humaine, où chacun se salue, où la nature et l’homme semblent bien cohabiter.
L’été, un programme d’activités très fourni permet à tous à prix raisonnable de profiter du grand air pour bouger. VTT, tir à l’arc, randonnées accompagnées, ateliers, et même un club enfant. Un club de vacances à ciel ouvert pour que chacun puisse profiter et se reposer, goûter à la déconnexion.
Se détendre dans l'eau face aux montagnes
Après plusieurs heures de marche, direction la piscine de la station. Quelques longueurs pour délasser les jambes, un transat au soleil, puis le jacuzzi face au massif de la Meije. Allongés parmi les bulles, le regard vers les sommets, les tensions du corps de la randonnée disparaissent doucement. On médite en se repassant en boucle les merveilles aperçues sur les sentiers, on en oublie l’heure et les injonctions du quotidien. La magie du territoire nous a touchés : on a ralenti.
Découvrir les savoir-faire locaux
Avant de reprendre la route vers Grenoble, prenez le temps de rencontrer celles et ceux qui font vivre ce territoire toute l’année. Une apicultrice qui récolte son miel sur les hauteurs, une passionnée qui cultive le safran et transforme ses plantes en confitures et condiments, ou encore de nombreux artisans ouvrent leurs portes aux visiteurs. Autant de belles rencontres à faire sur la Route des savoir-faire, une autre façon de découvrir l’Oisans, par celles et ceux qui le façonnent au quotidien.
En seulement vingt-quatre heures à Auris-en-Oisans, on comprend que le véritable luxe n’a rien de spectaculaire. Il se cache dans une sensation de calme retrouvé. Celle de prendre son petit déjeuner face aux montagnes, de marcher sans regarder sa montre, de dîner sous les étoiles, de respirer un air plus frais et de se sentir pleinement présent.
Nous n’avons pas gravi de sommet mythique, battu un record ou enchaîné les activités. Nous avons simplement marché, observé, mangé, respiré et pris le temps. Et c’est peut-être là que réside le plus grand luxe d’une escapade : repartir avec la sensation d’avoir vraiment décroché.
Dans un quotidien où tout va vite, Auris-en-Oisans rappelle que la montagne n’est pas seulement un terrain de jeu. Elle est aussi un lieu où l’on réapprend à ralentir, à regarder et à écouter. Un endroit où l’on vient chercher bien plus qu’un paysage : une respiration.
Ne manquez pas de tenter l’expérience. Il y a fort à parier que vous repartirez avec une seule envie : revenir. Pas seulement pour vous offrir un week-end au vert, mais pour retrouver cette sensation devenue si rare de rentrer chez soi avec le corps et l’esprit véritablement reposés.
Auris-en-Oisans
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