Il y a deux ans, face au génocide à Gaza et à la montée du fascisme dans le monde, Audrey Vernon se met à lire, fébrilement, à la recherche de pensées, de sources de compréhension pour nommer la réalité et l’affronter. Le but ? Ne plus céder à la peur, à la lâcheté collective. Elle dégage de ce processus un texte, qu’elle décide de porter à la scène. Dans cette création mise en scène par Gurshad Shaheman, elle convoque la figure essentielle de Hannah Arendt, philosophe en proie aux attaques de l’Allemagne nazie, et son faisceau d’amitiés antifascistes en correspondances, Walter Benjamin, Gunther Anders et Bertolt Brecht. Comment ont-elle et ils traversé leur époque ? Peut-on s’inspirer de leurs réflexions ?
Audrey Vernon
L'urgence de partager, de dire et d'agir
La mise en scène soignée et délicate de Gurshad Shaheman sert le propos : « Nous avons énormément parlé de la nécessité de chaque phrase », nous confie Audrey. Elle se fait passeuse, témoin, vigie pour nous aider à nommer l’indicible, faire le deuil collectif et retrouver la joie salutaire. Dans ce seule-en-scène vertigineux et peuplé de présences, Audrey égrène aussi des références à la culture pop, de Diam’s à Casey et Jul, car il faut faire feu de tout bois pour sortir de la sidération collective et du silence. Les allers-retours entre le passé et notre présent troublé sont emprunts de joie, une émotion importante pour ne pas sombrer dans le désespoir et rester vivant·e. Sans complaisance et sans apitoiement, elle sait trouver le point d’équilibre subtil entre la lucidité et le rire salvateur.
Audrey Vernon
Un spectacle pour embrasser notre perplexité
La pièce se termine par le poème de l’écrivain palestinien Refaat Alareer, « If I must die… » : « Si je dois mourir, tu dois vivre pour dire mon histoire. » Et durant les représentations du spectacle au Festival d’Avignon cet été, Audrey Vernon a été en contact direct avec Ziad Medhouk dont elle parle, au moment de la famine à Gaza.
Le théâtre devient cette caisse de résonance du monde et nous met face à notre position de privilégié·es, non pour culpabiliser mais pour agir. La pensée, le rire, la transmission, demeurent les remparts de notre humanité commune. « C’est un spectacle pour celles et ceux que l’époque rend perplexes », explique Audrey. Nous en sortirons sans nul doute remué·es, plus intelligent·es et mieux armé·es à penser le réel pour panser ses plaies béantes. Les yeux grands ouverts, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
L’Hexagone Scène nationale de Meylan
24 rue des Aiguinards, Meylan
Comment traverser les sombres temps ?, mardi 9 décembre, à 20h – Durée 1h10.
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