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UNE RENCONTRE QUI A DU SENS post image
Aujourd’hui le blog Lesmondaines sort un peu de ses habitudes. Aujourd’hui pas de bonnes adresses. Aujourd’hui le blog se fait tribune, espace d’expression, mis au service d’une cause.
Aujourd’hui on vous présente Amandine et Aline, deux jeunes femmes ordinaires, aux prises avec une situation extraordinaire. Deux jeunes femmes courageuses, qui n’ont pas eu froid aux yeux et qui nous présentent leur projet artistique s’articulant autour de l’expérience du cancer. Elles nous livrent une imagerie poétique et crue, leurs sentiments et leurs espoirs pour l’avenir.

Comment vous êtes vous rencontrées?

Lorsque nos regards se sont pour la première fois croisés, à notre entrée à la fac d’art, nous avons vues l’une dans l’autre, et nos vies, par la suite, ne se sont plus vraiment éloignées.

Expliquez-nous ce projet qui vous a réunies.

Le projet artistique naît par la force des choses alors que nous nous apprêtons toutes deux à voyager en Inde et que les joies d’obtention de visa sont remplacées par celle de la chimio et de la radio. Alors qu’Aline photographie les stigmates de ma maladie, je tiens un carnet de bord dont les dessins, plus tard des coutures sur papier, retracent les étapes du traitement, de l’annonce du diagnostic jusqu’à la féminité et la santé recouvrées.
L’art nous sert alors d’exutoire, le cancer devient prétexte à recréer cette dynamique fructueuse, par laquelle, à la fac déjà, nous utilisions chacune le corps de l’autre pour concevoir nos projets artistiques.
Maintenues dans les tiroirs de l’intimité, ces images qui avaient été un temps nos miroirs, perdaient de leur pouvoir. Pourtant si ces images à l’humour noir avaient été en partie mon antidote, elles pouvaient vraisemblablement exercer leurs vertus sur d’autres.
Quand c’est rose ? s’est construit, de ce constat, en un projet d’exposition. Un ensemble d’oeuvres à deux têtes et quatre mains, sorte de petite anatomie de la cancérologie dans laquelle nos regards, intérieur et extérieur, se croisent pour donner mieux à voir.

En quelle mesure l’art peut-il sublimer la souffrance?

La souffrance, la peur de la mort, les bouleversements corporels, le perte temporaire de la féminité sont de fait les sources sous-jacentes de notre travail, la matière à exploiter, le prétexte à travailler.
Le processus créatif est parfois symptomatique d’un état, dans le sens où l’art permet de donner forme à nos passions, et en cela d’aller de l’avant.  Mes maux ont ainsi pris corps dans mes carnets avec l’intention première de concrétiser ce qui ne pouvait plus être formulé, comme des allégories de l’âme malmenée par les marées, avec l’idée d’un partage à mon entourage, et le besoin d’expier avec sarcasme le poids de cette nouvelle virée, cette fois, pour mieux me protéger.
L’esthétisation de cette souffrance n’a donc pas été, de suite en tous cas, une quête absolue et consciente, mais elle s’avère une mise à distance bénéfique, un moyen non négligeable de faire d’un poison une bonne usine à charbon.

Expliquez-nous le choix des techniques utilisées: le dessin au fil, la photographie et leur symbolisme.

Elles sont nos domaines de prédilection depuis toujours.  La photographie est le second langage d’Aline, une langue qu’elle pratique avec intuition et qui a ce pouvoir d’immortaliser et de témoigner.
Le dessin est une activité à laquelle je me suis toujours prêtée, j’aime son économie de moyen et la possibilité de la pratiquer n’importe où.
La couture sur papier est venue ultérieurement, découlant de mes aventures en oncologie. Je me la suis imposée comme une contraire, tant elle met ma patience à l’épreuve. Une contrainte cousue de fil blanc, du fait de son écho à une activité majoritairement féminine en relation avec une maladie qui l’est tout autant. Diagnostiquée prématurément d’un cancer du sein triple négatif, j’ai subi quelques opérations dont les sutures à défaut d’être des broderies, restent les seules témoignages encore visibles de cet épisode de ma vie. Coudre sur papier est une façon de s’approprier ce qui a été infligé, de prendre le dessus sur les évènements et de les mettre à distance. Ce fil rouge qui côtoie mes dessins est ainsi le fil conducteur, la trame de fond, la ligne en pointillés de ma vie, la filiation, la cicatrice, celui qui reconstruit, raccommode et relie.

Quel est le message que vous souhaitez faire passer? 

Quand c’est rose ? c’est le parcours de celle qui franchit les étapes de la maladie, des symptômes à la guérison, qui affronte la perte de sa féminité pour mieux la redécouvrir. 
Quand c’est rose 
? c’est interroger l’idée saugrenue que le cancer puisse être appréhendé avec légèreté, oser l’envisager comme une étape inévitable du parcours contemporain, presque comme une fatalité, un passage obligé auquel chacune doit se préparer dans le contexte actuel où une femme sur 8 est atteinte de cette maladie.
Au-delà du partage d’une expérience individuelle, il s’agit d’une volonté de sensibilisation, un besoin également de lever le voile sur, ce qui nous semble encore, être tabou.
Enfin, Quand c’est rose ? c’est une collaboration amicale dans un monde qui manque un peu de fraternité.

Quels sont vos projets pour la suite? 

J’espérais en me lançant dans l’aventure pouvoir passer à autre chose, mais il s’avère que nous nous engageons dans une autre, inattendue et non moins excitante.
Nous exposons actuellement à la galerie « Chez toi chez moi » à Nîmes, par la suite nous serons présentes sur quelques évènements dans le cadre d’octobre rose.

On souhaite à Amandine et Aline de continuer dans leur voie artistique si particulière et touchante à la fois … et que vous, lecteurs, aurez été sensibles à cette tribune d’un genre nouveau sur le blog!

Lesmondaines écrivent aussi des articles communs.
Mary s’occupe des textes et Noemi des photos et vidéos.

Tu peux suivre Mary sur son compte Twitter @Mary_Grammont, son Pinterest sous le nom Laly Lalou et consulter son profil professionnel sur Viadeo et Linkedin.

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